Les rousserolles effarvattes (Acrocephalus schoenobaenus) qui font escale le long de la voie de migration atlantique s’engraissent à des rythmes variables, en fonction de leur âge, de leur condition physique initiale et de leur latitude ; les taux de ravitaillement étant mal structurés d'un site à l'autre, ce qui suggère une grande capacité des oiseaux à exploiter diverses zones humides pendant leur escale.
Objectifs.
Tester comment
les rousserolles effarvattes accumulent du carburant lors de leurs haltes
migratoires dans un important corridor migratoire le long des zones humides
côtières de l'Atlantique, du nord de la France au golfe de Gascogne en Espagne,
et identifier les facteurs affectant le taux de dépôt de ravitaillement (FDR).
Méthodes.
Nous avons
analysé 7 149 observations de Rousserolles effarvattes capturées au moins
deux fois au sein d’un même site et la même année, collectées sur une période
de 32 ans dans 28 zones humides. Nous avons utilisé des modèles linéaires
mixtes pour tester l’effet de l’âge, de la masse corporelle initiale, de la
date, de la latitude et de la structure de l’habitat sur le taux de capture
initial (FDR). De plus, nous avons modélisé la masse corporelle initiale comme
variable réponse afin d’examiner la variation à grande échelle de l’état des
oiseaux à leur arrivée, l’âge, la date, la latitude et les caractéristiques de
l’habitat étant utilisés comme variables explicatives.
Résultats. Le taux de dépôt de ravitaillement diminuait avec l'augmentation de la masse corporelle initiale. L'effet de la latitude variait selon l'âge : chez les jeunes d'un an, les taux de ravitaillement augmentaient du nord au sud, tandis que les adultes présentaient des taux relativement constants le long de la voie de migration. La masse corporelle initiale était plus élevée chez les oiseaux capturés plus tard dans la saison et chez ceux utilisant des paysages comportant des zones humides plus petites et plus fragmentées, mais diminuait avec la latitude. Les paramètres d'habitat avaient un pouvoir explicatif limité.
Conclusion. Il semble que les Rousserolles effarvattes se ravitaillent de façon opportuniste dans l'ensemble du vaste réseau de zones humides qui s'étend le long de la voie de migration atlantique. Cette découverte souligne l'importance de préserver la connectivité des habitats le long des routes migratoires et appuie une approche de conservation à l'échelle du paysage qui intègre la fonctionnalité écologique et la flexibilité comportementale.
Pour en savoir
plus :
Musseau R., Collet L., Zorrozua N., Bargain B., Dugué H., Provost P., Chartier
A., Unamuno E., Dehorter O., Fontanilles P., Henry P. Y. & Arizaga
J. (2026). Evaluation of the
use of the Atlantic flyway in northern France and the Bay of Biscay by a
reedbed specialist bird during the autumn migration. Bird study 73(1): 40-48 PDF
Le sud-ouest de la France une importante halte d’engraissement pour le Gobemouche noir.
La France est connue depuis longtemps pour accueillir un passage massif de Gobemouches noirs (Ficedula hypoleuca) avec une forte concentration dans le quart sud-ouest. La valeur de cette région comme site de halte n’était cependant pas connue précisément : simple transit avec une convergence liée à l’effet d’entonnoir de la barrière pyrénéenne et de l’océan Atlantique ou région d’engraissement avec un rôle fonctionnel proche de celui de la péninsule ibérique. Cette dernière est reconnue comme la principale zone d'engraissement de l’espèce avant sa traversée du Sahara. Avec les données recueillies lors du camp de baguage de Bayonne / Villefranque (Pays basque), nous avons estimé le taux d’accumulation de réserves, la durée de halte et la quantité de réserves énergétiques.
La durée moyenne de halte était relativement élevée, estimée à 8.4 jours après la première capture par un modèle CMR et à 16.8 jours au total sous l’hypothèse d’une durée similaire avant la première capture. Le taux moyen d’engraissement quotidien a été estimé à 0.29 g jour-1 (3.1% de la masse corporelle maigre). Surtout, des effets comme la date et la masse corporelle à l’arrivée étaient non significatifs, soutenant l'idée que la région était ciblée pour engraissement dès le début de la migration et pas seulement sous la pression de l’urgence migratoire en fin de saison et ce, indépendamment de la condition corporelle des individus. Parallèlement, une forte relation positive était observée entre la masse corporelle au départ et le taux d’engraissement, résultat attendu chez les individus qui ont pour stratégie de minimiser le temps passé en migration. Cette stratégie est coûteuse d’un point de vue énergétique et repose sur peu de sites de halte pour lesquels l’enjeu de conservation est important. Par ailleurs et de façon inattendue, des durées minimales de halte de 23 et 28 jours ont été observées chez des individus en bonne condition corporelle. De telles durées ne correspondent pas à des haltes conventionnelles d’engraissement. Elles ont été révélées ces dernières années chez diverses espèces transsahariennes grâce à la pose de géolocalisateurs.
La quantité moyenne de réserves énergétiques ne différait pas selon l'âge ou l'année et représentait en moyenne 33.8 % de la masse corporelle maigre. Les réserves des oiseaux les plus lourds (> 75e percentile), c-à-d ceux ayant la plus forte probabilité de quitter le site rapidement, représentaient en moyenne 57.3 % de la masse maigre. Ces valeurs sont inhabituelles lorsque la barrière écologique à traverser est encore éloignée. L’estimation de l’autonomie de vol correspondait ainsi à 80 % de la distance jusqu'à la marge sud du Sahara. Au moins une halte supplémentaire était donc nécessaire dans la péninsule ibérique, mais pour un complément modéré.
Ces résultats montrent que des comportements d'engraissement sous la contrainte du temps et des haltes prolongées se produisent simultanément dans le sud-ouest de la France. Ces comportements se produisent sur peu de sites spécifiques, qui fournissent une part importante de l’énergie totale. Bien que le Sahara soit encore éloigné, l’énergie nécessaire à sa traversée peut donc être acquise en grande partie dans le sud-ouest de la France.
Pour en savoir plus : Fourcade J.M., Fontanilles P, Demongin L., 2021.Fuel management, stopover duration and potential flight range of pied flycatcher Ficedula hypoleuca staying in South‑West France during autumn migration. Journal of Ornithology PDF
Migration de deux sous-espèces de Traquet motteux Oenanthe
oenanthe leucorhoa et O.o. oenanthe sur la côte basque française.
Premiers résultats.
Pour en savoir plus : Fontanilles P., Damestoy F., 2025.
Migration de deux sous-espèces de Traquet motteux Oenanthe oenanthe
leucorhoa et Oenanthe oenanthe oenanthe sur la côte basque française
: premiers résultats. Alauda, 93(2) :
81-94 PDF
Migration postnuptiale de passereaux au Pays basque sur deux sites côtiers. Bilan de trois années de suivi à Hendaye et à Anglet.
Le Pays basque a une responsabilité internationale pour la migration des oiseaux, jouant un rôle stratégique pour leur passage entre Pyrénées et Océan Atlantique. Sur sa côte maritime en milieux buissonnants deux sites naturels remarquables, Abbadia (Hendaye) et Izadia (Anglet) ont été suivi par un protocole de baguage en septembre de 2020 à 2022. Leur richesse spécifique est similaire, composée à plus 80 % de migrateurs (total 44 espèces, 5266 captures, 21 migratrices dont 18 transsahariennes). Leurs valeurs d’abondance et structure de peuplement diffèrent, liées à un habitat plus complexe sur Izadia et plus homogène sur Abbadia. Ce dernier site est davantage dominé par le Rougegorge familier Erithacus rubecula, les sylviidés et les muscicapidés (Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla, Fauvette des jardins Sylvia borin, Fauvette grisette Sylvia communis, Pouillot fitis Phylloscopus trochilus Gobemouche noir Ficedula hypoleuca, Gobemouche gris Muscicapa striata, Rossignol philomèle Luscinia megarhynchos, Rougequeue à front blanc Phoenicurus phoenicurus, Rougequeue noir Phoenicurus ochuros). Les haltes sont plus longues sur Abbadia et les gains de masse positifs pour la Fauvette grisette, la Fauvette des jardins, le Gobemouche noir, la Rousserolle effarvatte Acrocephalus scirpaceus et le Rougequeue à front blanc. Le Pouillot fitis a séjourné plus longtemps sur Izadia. Le Rossignol philomèle s’est engraissé sur les deux sites. Ils jouent un rôle complémentaire au sein d’un réseau de sites à conserver au Pays basque.
Figure :
indices d'abondance cumulés sur les trois années de suivi commun des deux sites
par espèces, test statistique de Khi² corrigé par Yates (Y) ou test G pour les
effectifs plus faibles comparé à une répartition équilibrée. * indique que le test de Khi² est significatif
p <0.05, ** p<0.01, *** p<0.001.

